T. SUPPLIE

Prothèses complètes, partielle et bridge sur implants

Mastication d'aliments collants

Lors de la mastication d'aliments col­lants, il n'est pas rare de voir les selles d'une prothèse à extensions libres se soulever. La prothèse a tendance à pivoter autour des extrémités réten- trices des crochets. Dans ce cas, l'axe de rotation principal passe non plus par les appuis occlusaux comme précédemment mais par les points de rétention bordant î'édentement (fig. 4). Cet axe de rota­tion qui relie les extrémités rétentrices des crochets est très proche de l'axe précédemment décrit joignant les appuis dentaires. Cependant, ce sont deux axes distincts que l'on a trop souvent tendance à confondre alors qu'ils entrent en Jeu dans des situations fonctionnelles totale­ment différentes (mastication d'ali­ments collants pour l'un, mastication d'aliments durs pour l'autre) (fig. 5).fig5

Le décollement de la prothèse doit être prévenu par l'adjonction d'un élé­ment de stabilisation antérieur, com­munément appelé élément d'appui indirect [15]. Cet élément est toujours une partie rigide incorporée à l'arma­ture sous forme d'un appui dentaire isolé (fig. 6)fig6 ou d'un appui dentaire continu (barre cingulaire) (fig. 7).fig7 Il devient ainsi le nouveau centre de rota­tion autour duquel la prothèse tend à pivoter [16]. Rétention et appuis indi­rects sont ainsi étroitement liés. Les appuis indirects, pour prévenir effica­cement les mouvements de bascule, doivent pouvoir compter sur une réten­tion directe efficace des crochets [17].

Ainsi, le principe des leviers met en application une force de déstabilisa­tion, un axe de rotation et un point de rétention contrebalançant la force appliquée

Une prothèse à selle libre est l'illus­tration parfaite d'un levier de deuxième genre [18] :

-  l'appui indirect constituant le point d'appui du levier ;

-  l'extrémité rétentrice du crochet constituant la résistance ;

-  la force de décollement représen­tant la traction (fig. 8).fig8

On ne peut intervenir que sur la longueur des bras de levier pour essayer de préserver un rapport 

de force le plus favorable possible à la stabilisation de la prothèse.

Les règles sont toujours les mêmes :

-  minimiser le bras de levier ;

-  optimiser le bras de stabilisation.

On détermine un bras de levier (LV)

maximal par la force de déstabilisation due à l'application d'un aliment collant sur la dent prothétique la plus distale, c'est-à-dire la dent prothétique la plus éloignée de l'axe de rotation principal.

On détermine ensuite un bras de sta­bilisation (LS), si possible au moins équivalant au bras de levier (LV), pour stabiliser le système. Cette force de stabilisation doit donc s'appliquer le plus loin possible en mésial perpendi­culairement à l'axe de rotation (fig. 9).fig9

Dans le cas d'une classe I, le point d'application le plus efficace serait théoriquement le point interincisif. Pour des raisons d'interférence avec la zone phonétique et de fragilité des supports incisifs, c'est souvent l'appui mésial canin qui est privilégié.

Deux autres moyens de rétablir un rapport de force LV/LS plus favorable sont envisageables :

-  en modifiant le point d'applica­tion de la force de levier (diminu­tion de LV) : il suffit pour cela de ne pas monter de deuxième molaire ou de choisir des dents prothétiques plus étroites chaque fois que l'occlusion le permet (fig. 10) ;fig10

- en éloignant le plus possible l'axe de rotation du point d'appui (aug­mentation de LS) : l'objectif est de maintenir la plus grande distance pos­sible entre l'extrémité rétentrice du cro­chet et l'appui indirect. À ce titre, il est déconseillé de jumeler appuis direct et indirect, LS étant alors considéra­blement réduit.

Toujours dans le souci d'augmenter LS, il serait très souhaitable de dépla­cer au maximum en distal les points de rétention sur les dents bordant l'éden- tement, par exemple en utilisant des crochets barre en L. La rétention est ainsi assurée par la partie distale du crochet, ce qui permet d'augmenter LS. De même, l'utilisation d'une barre cingulaire comme élément de réten­tion indirecte assure un rapport de force LV/LS plus favorable en augmentant considérablement la distance LS [19]. Cependant, l'encombrement de ce dis­positif est préférentiellement réservé aux dents au support parodontal affai­bli, ce qui permet la répartition sur plu­sieurs dents des forces exercées [20].
Il faut toutefois préciser que l'effica­cité des appuis indirects est totalement dépendante du nombre de dents res­tantes et, surtout, de la forme des crêtes. Lorsque toutes les dents res­tantes sont alignées, l'efficacité de l'ap­pui indirect est fortement compromise (fig-11).fig11

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