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LE CONCEPT GERBER

Le Professeur GERBER : Sa vie

Hugues BORY

En 1908, BENNET décrivait les mouvements en dedans et en dehors des condyles orbitants et travaillants. Cette même année, en novembre, naissait Albert GERBER. Sans le savoir les écrits de BENNET devaient influencer la pensée et la vision d’un jeune étudiant qui allait devenir, bien plus tard, le Professeur GERBER.
Après des études brillantes à l’université de Berne, dont il sort médecin dentiste, le jeune diplômé devient assistant de chaire et installe son propre cabinet à Berne. Une à deux fois par semaine, il continue à donner des cours à l’université. Sa passion pour la recherche l’oblige à se pénétrer de la philosophie des grands penseurs, tels que BALKWILL, WALKER, BENNET et AKERMAN dont il dira peu après sa mort : » C ’était un grand ami, il est mort trop tôt, nous avions encore tant de choses à nous dire ».

A la même époque, le Professeur GYSI de l’université de Zurich, voit sa renommée grandir à travers ses recherches sur les articulateurs et son travail sur une technique de montage en prothèse totale. La guerre des penseurs commence à faire rage par universités interposées, Berne et Zurich sont à cette époque mondialement connues.

En 1942, veut éclaircir deux courants de pensées :

  1. - Vérifier la stabilité des prothèses totales réalisées selon la technique du Professeur
  2. - Répondre à l’école allemande qui prétendait que le bilatéral balancé était totalement négatif en prothèse adjointe totale.

Pour cela, il appareille dans son cabinet un de ses patients édentés complets de la manière que préconisait le Professeur GYSI, mais il remplace les premières molaires haut et bas par des dents en or reliées à des électrodes, afin d’en vérifier les contacts dentaires. Puis sous la rangée des diatoriques, il crée un petit carré moulé à la muqueuse et formé d’un petit clapet qui s’ouvre vers le vestibule, le tout relié aussi à des électrodes pour en vérifier l’ouverture.

Deux expériences sont alors tentées.

Dans la première, il demande tout d’abord, au patient de manger un quartier de pomme. Il fait les constatations suivantes sur un cycle de mastication d’une durée de 32 secondes :

  • La base mandibulaire est stable 17 secondes.
  • Les contacts dento dentaires ont une durée de 7 secondes.
  • La base est instable durant 8 secondes.

Dans la deuxième expérience, il remplace la pomme par un morceau de pain rassis. Sur un cycle de mastication de 34 secondes, il constate :

  • La base est stable 18 secondes.
  • Les contacts dento dentaires ont une durée de 2,4 secondes.
  • La base est instable 13,6 secondes.

Fort de ses tests révélateurs, il tire les conclusions qui vont modifier son travail durant sa vie.
Il prouve tout d’abord à l’école allemande que le bilatéral balancé n ’est pas totalement négatif.
Mais surtout, il met en évidence que la stabilité fonctionnelle des prothèses conçues par le Professeur GYSI n ’est pas suffisante.

Suites à ces constats, en 1943, il déclare à Lugano : « Je vais m ’appliquer à trouver une solution pour réaliser des prothèses totales qui soient stables pendant la mastication ».
Il ne se doutait pas alors qu ’il allait consacrer une bonne partie de sa vie à trouver la solution. GYSI et GERBER ne s’appréciaient guère.

STEIGER (le précurseur du fraisage), qui avait créé le « study club » où se regroupaient tous les grands penseurs de ces années 40, finit par réunir ces deux fortes personnalités. Une collaboration commence à se lier entre eux. GERBER finit par apprécier GYSI pour toutes ses connaissances et une certaine amitié naît
GYSI transmet alors à GERBER toute sa passion et son savoir sur les études qu ’il avait faites auprès des habitants de ses montagnes et vallées de Suisse.

Ses amitiés dépassaient les frontières. Il appreçiait AKERMAN qu ’il considérait comme un véritable ami. Après avoir fait la synthèse de la pensée de cet homme « oh combien admirable », et de GYSI, GERBER commence à entrevoir l’idée de la forme des dents qui deviendront en 1960, les condyloforms.

Le principe du mortier pilon, la philosophie des micro-condyles qui engrainent dans des micro-cavités glénoïdes commençait à germer dans la tête du génial penseur.
Malgré leur amitié naissante, il continue à s’opposer à GYSI sur le mode d’équilibre d’une prothèse adjointe totale. GERBER combattait farouchement l’idée de reconstituer l’occlusion dentaire d’un patient de 50 ans édenté complet d’après l’image de celle d’un homme de 20 ans.

Il récusait catégoriquement l’image de la dent « native » qu ’il aimait à considérer comme non fonctionnelle. En 1948, il présente son premier articulateur, le « translator », qui se caractérise par deux dièdres glénoïdes construits selon les trois plans de l’espace.

Il crée le mouvement tridimensionnel dans les reconstitutions prothétiques.
Il prend en considération le mouvement immédiat de BENNETT, qui depuis le « Gysi simplex »créé en 1914, a été ignoré par tous les fabricants d’articulateurs.

Le guidage du « translator » est conforme au mouvement immédiat de BENNETT vers le bas du condyle orbitant ainsi que celui du condyle travaillant tel que l’a décrit Bennetf en 1908.
Son exigence du mieux le rend insatisfait de son travail.
Son articulateur ne lui apporte pas tous les espoirs qu ’il entrevoyait.
Il continue alors ses recherches sur la mastication et sur la déglutition.
En 1950, il pense alors à intégrer dans un futur articulateur « Arcon », le mouvement rétrusif.
La même année, toujours à Berne, il améliore son translator en lui donnant ce mouvement.
Il apporte une nouvelle dimension dans la pensée et continue de parler de la capacité de mouvement de l’articulation temporo-mandibulaire et pense que la forme des éléments qui la compose, dépend du relief occlusal, et de la somme des trajets des mouvements occlusaux.
En 1951, Albert GERBER écrivait dans un article intitulé « La prothèse géométrique ou fonctionnelle ? » :
« Celui qui veut s’intéresser de façon sérieuse q la recherche en dentisterie, doit disposer d’un pouvoir d’observation libre et sans préjugés. Il doit en plus être capable d’en tirer de nouvelles connaissances par un raisonnement logique et sain, issu de ses observations et de ses recherches ».
Sa volonté et sa réussite naissante commencent à faire de l’ombre à certains.
Afin de l’éloigner quelques peu, on lui propose une petite chaire, mais ne se satisfait plus de l’ambiance détestable qui régnait à l’université de Berne.

En 1952, WILD, le successeur de GYSI à Zurich décède, GERBER postule et se présente à la succession du grand maître.
Il est élu et prend sa place en 1953.
Son travail reprend sur l’occlusion et il sort la même année une dent basée sur le « principe hélicoïdal d’Ackermann ».
Ces dents ne sont pas commercialisées en raison d’une divergence quant à leurs fabrications avec une société allemande.
Ce n ’est qu ’en 1960, après 10 années d’études, que la société Candulor commercialisera les condyloforms sous leur forme actuelle.
En 1953, il pense déjà à son articulateur qui serait à la fois « arcon » et « anti-arcon » : « le condylator ». Les dièdres sont alors remplacés par des bicônes.
Pour la petite « histoire », GERBER avouait à son fidèle collaborateur, Max BOSSHART en 1982, « c’est aux toilettes que j’ai eu l’idée de ces doubles cônes, cet endroit est le seul lieu où je peux réfléchir tranquillement ».
Le « condylator » sous sa forme définitive verra le jour en 1960. cette même année et après tant de recherche, il énonce sa théorie condylienne, il parle alors d’harmonie fonctionnelle occluso-articulaire.
En 1964, il publie pour la première fois sur la possibilité de traitements des troubles de l’articulation temporo-articulaire.
Jusqu ’en 1978 il s’intéresse à toutes les dysfonctions des A. T.M.
Suite à ces années d’études et à ces observations cliniques, en 1970, il s’oppose farouchement à l’idée des Gnathologistes qui voulaient voir les condyles dans la position la plus reculée dans la cavité glénoïde.
En 1971, il s’oppose formellement à la position rétrusive maximale : « la most rétruded position » comme position physiologique de base pour tous les travaux prothétiques.
Cette bataille durera jusqu’en 1982, année pendant laquelle il publie son dernier article.
En 1977, « VAméricain Equilibration Société », prend nettement position contre la « la most rétruded position », et met en valeur l’articulateur GERBER qui à toutes les qualités spécifiques pour reproduire tous les mouvements fonctionnels mandibulaires.
La même année GERBER se retire de l’université de Zurich.
En 1980, il fait appel à un prothésiste de 31 ans Max Bosshart, afin de collaborer à la réalisation de son livre.
En l984, sa santé se détériore et il éprouve de plus en plus de difficulté à poursuivre l’écriture de son ouvrage.
BOSSART s’attache durant 5 années à aider le grand maître à achever l’œuvre de toute une vie. Son livre paraît au printemps 1989 en anglais et en janvier 1990 en allemand.

ALBERT GERBER est mort le 30 novembre 1990.

Le Professeur GERBER restera pour tous un visionnaire génial, en avance sur son temps.
Max Bosshart, son fidèle collaborateur dit de lui « Il fut homme d’une extrême bonté, bon vivant et aimant la vie. Il était très exigeant avec lui-même et n ’aimait pas la médiocrité. Un jour que je me moquais d’un balayeur ». , est né en 1949, depuis plus de 18 ans, conférencier et maître prothésiste en Suisse et à l’étranger dans le domaine de la prothèse complète selon le « concept Gerber » et son collaborateur depuis 1980.
En tant que conférencier et maître de cours à l’école professionnelle supérieure Suisse de technique dentaire dans les branches de prothèse complète, prothèse partielle, prothèse hybride y compris les prothèses esthétiques qui s’y rapportent. Il est devenu membre de « L'American société of Master dental technician »en 1985.
38 ans plus tard, le concept tridimensionnel et anotomo- fonctionnel du Professeur GERBER reste d’actualité et a toujours autant d’impact.

Rien de nouveau et différent n'a été trouvé a ce jour. L'anatomie humaine doit être respectée pour la réalisation de prothèses convenables