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Mastication d'aliments collants

Lors de la mastication d'aliments collants, il n'est pas rare de voir les selles d'une prothèse à extensions libres se soulever. La prothèse a tendance à pivoter autour des extrémités rétentrices des crochets.Dans ce cas, l'axe de rotation principal passe non plus par les appuis occlusaux comme précédemment mais par les points de rétention bordant î'édentement (fig. 4). Cet axe de rotation qui relie les extrémités rétentrices des crochets est très proche de l'axe précédemment décrit joignant les appuis dentaires. Cependant, ce sont deux axes distincts que l'on a trop souvent tendance à confondre alors qu'ils entren en Jeu dans des situations fonctionnelles totale­ment différentes (mastication d'aliments collants pour l'un, mastication d'aliments durs pour l'autre) (fig. 5).

Superposition des deux axes de rotation.
fig:5

Le décollement de la prothèse doit être prévenu par l'adjonction d'un élément de stabilisation antérieur, communément appelé élément d'appui indirect . Cet élément est toujours une partie rigide incorporée à l'armature sous forme d'un appui dentaire isolé (fig. 6) ou d'un appui dentaire continu (barre cingulaire) (fig. 7).>Il devient ainsi le nouveau centre de rotation autour duquel la prothèse tend à pivoter . Rétention et appuis indirects sont ainsi étroitement liés. Les appuis indirects, pour prévenir efficacement les mouvements de bascule, doivent pouvoir compter sur une rétention directe efficace des crochets.

Utilisation d'un appui occlusal secondaire comme élément de rétention indirecte. Utilisation d'une barre cingulaire comme élément comme élément de rétention indirecte.
fig:6 et fig:7

Ainsi, le principe des leviers met en application une force de déstabilisation, un axe de rotation et un point de rétention contrebalançant la force appliquée

Une prothèse à selle libre est l'illustration parfaite d'un levier de deuxième genre :

  • l'appui indirect constituant le point d'appui du levier ;
  • l'extrémité rétentrice du crochet constituant la résistance ;
Schématisation d'un levier de 2e genre
la force de décollement représentant la traction (fig. 8)

On ne peut intervenir que sur la longueur des bras de levier pour essayer de préserver un rapport de force le plus favorable possible à la stabilisation de la prothèse.

Les règles sont toujours les mêmes :

  • minimiser le bras de levier ;
  • optimiser le bras de stabilisation.

On détermine un bras de levier (LV)

maximal par la force de déstabilisation due à l'application d'un aliment collant sur la dent prothétique la plus distale, c'est à dire la dent prothétique la plus éloignée de l'axe de rotation principal.
On détermine ensuite un bras de stabilisation (LS), si possible au moins équivalant au bras de levier (LV), pour stabiliser le système. Cette force de stabilisation doit donc s'appliquer le plus loin possible en mésial perpendiculairement à l'axe de rotation (fig. 9).

Détermination du bras de levier maximal LV et du bras de stabilisation optimal LS.
Fig:9 Détermination du bras de levier maximal LV
et du bras de stabilisation optimal LS.

Dans le cas d'une classe I, le point d'application le plus efficace serait théoriquement le point interincisif. Pour des raisons d'interférence avec la zone phonétique et de fragilité des supports incisifs, c'est souvent l'appui mésial canin qui est privilégié.

Deux autres moyens de rétablir un rapport de force LV/LS plus favorable sont envisageables :

  • en modifiant le point d'application de la force de levier (diminu­tion de LV) : il suffit pour cela de ne pas monter de deuxième molaire ou de choisir des dents prothétiques plus étroites chaque fois que l'occlusion le permet (fig. 10) ;
  • en éloignant le plus possible l'axe de rotation du point d'appui (aug­mentation de LS) : l'objectif est de maintenir la plus grande distance possible entre l'extrémité rétentrice du crochet et l'appui indirect. À ce titre, il est déconseillé de jumeler appuis direct et indirect, LS étant alors considérablement réduit.
Diminution du bras de levier par réduction du nombre de dents prothétiques.
Fig:10 Diminution du bras de levier
par réduction du nombre de dents prothétiques.

Toujours dans le souci d'augmenter LS, il serait très souhaitable de déplacer au maximum en distal les points de rétention sur les dents bordant l'édentement, par exemple en utilisant des crochets barre en L. La rétention est ainsi assurée par la partie distale du crochet, ce qui permet d'augmenter LS. De même, l'utilisation d'une barre cingulaire comme élément de rétention indirecte assure un rapport de force LV/LS plus favorable en augmentant considérablement la distance LS . Cependant, l'encombrement de ce dispositif est préférentiellement réservé aux dents au support parodontal affaibli, ce qui permet la répartition sur plusieurs dents des forces exercées . Il faut toutefois préciser que l'efficacité des appuis indirects est totalement dépendante du nombre de dents restantes et, surtout, de la forme des crêtes. Lorsque toutes les dents restantes sont alignées, l'efficacité de l'appui indirect est fortement compromise (fig-11).

Toutes les dents restantes sont alignées sur le même axe : la rétention indirecte est inefficace.
Fig:11 Toutes les dents restantes sont alignées sur le même axe :
la rétention indirecte est inefficace.