Laboratoire ODIC

Prothèses Complète

Éléments offensifs de la carie.

Dans la carie tuberculinique, l'offensive est représentée par plusieurs éléments d'importance très différente :

  1. Les microbes de la bouche qui résument à eux seuls, jusqu'à présent toute la pathogénie de la carie locale, nous n'y insisterons pas ; elle est bien connue ;
    D'après BLACK, les microbes de la carie forment une substance visqueuse, sorte de bouclier gélatineux à l'abri duquel ils attaquent l'émail et le décalcifient ; ainsi les acides de fermentation sont d'autant plus nocifs qu’ils ne sont pas neutralisés par l'action de la salive.
  2. La toxhémie tuberculinique qui représente pour nous le facteur le plus important pour expliquer le mécanisme des caries tuberculiniques.
    La fréquence de la tuberculose dans les villes est telle qu'on a pu dire, qu'aucun individu n'y échappe ; la statistique de CALMETTE est assez éloquente ; elle prouve qu'à vingt ans presque tous les individus ont, ou ont eu, une infection tuberculinique.

Statistique de la tuberculose (CALMETTE).

0 à 6 mois 1%
6 à 12 mois 6 %
1 à 3 ans 30 %
3 à 6 ans 50 %
6 à 12 ans 70%
12 à 20 ans 90%

CALMETTE: Élude sur la tuberculose. PRESSE MÉDICALE, 21 février 1912.

Peut-être même cette maladie est-elle nécessaire, a dit CALMETTE, elle permet à l'organisme vigoureux jeune, de s'immuniser lentement et de résister victorieusement aux réinfections tuberculiniques qui se produisent fatalement au cours de la vie.
Si l'infection est fatale le terrain sur lequel la graine microbienne est semée prend seul toute l'importance ; c'est de son bon état que dépendra le sort de l'organisme dans la lutte contre la redoutable maladie citadine.
Les preuves de l'infection tuberculinique abondent telles sont les cicatrices pulmonaires, tels sont les amas crétacés, intra-viscéraux, véritables trouvailles d’autopsie chez les citadins ; telles sont les cicatrices ganglionnaires, attribuées au lymphatisme qui n'est qu'une tuberculose atténuée.
Chez les vivants, l'atrophie musculaire de la région de l'épaule, les adhérences de la paroi thoracique à la plèvre, les dépressions sus et sous-claviculaires, les varicosités de la peau inter-scapulaires ou pré sternales, les zones douloureuses à la pression sont autant de particularités qui permettent de suspecter la tuberculose.
Enfin, les méthodes laboratoires, cuti-réaction, intradermo-réaction, ophtalmo-réaction, effets de la tuberculinothérapie, sont autant de moyens d'une précision qui ne permettent pas de douter lorsqu'elles sont appliquées chez un sujet qui est ou qui fut tuberculinique.
Cette fréquence de la tuberculose explique aussi la fréquence de la carie ; mais ce qui a empêché souvent de rattacher l'une à l'autre, c'est qu'elles ont rarement une apparition simultanée.
Si les troubles généraux pulmonaires, pleuraux, péritoniques, congestifs, fébriles, sont aisément rattachés aux bacilles tuberculeux, à cause de la concomitance des phénomènes aigus et de l'accroissement des lésions causales, il n'en est pas de même pour les troubles dentaires ; ce n'est que trois, quatre, cinq et huit mois après, que les caries apparaissent, alors que le malade se croit parfaitement rétabli, et souvent guéri.
Le dentiste consulté par ces malades en apparence bien portants, obture consciencieusement les cavités cariées, prescrit le traitement de recalcification de Ferrier, afin de tenter la réparation du terrain déminéralisé, par l'absorption de sels de chaux à doses massives ; on supprime les aliments acides, et on facilite l'absorption de sels de calcium clans l'addition d'eaux minérales alcalines.
Ce traitement a ses succès, dans les cas favorables, c'est-à-dire ceux où la toxhémie tuberculinique est rapidement diminuée, par le repos, la suralimentation et le grand air. Les microbes sont bloqués dans le foyer malade ; il se forme tout autour une barrière fibro-calcaire, a laquelle sont employées toutes les ressources calcaires de l'économie.
Malgré cela, malgré l'emploi des dentifrices antiseptiques, malgré les plus grandes précautions de prophylaxie buccale, les récidives de caries sont fréquentes, et l'on pourrait dire que cette méthode précieuse Ferrier n'est qu'une thérapeutique d'attente au cours laquelle on ne fait que mettre des cendres sur le feu.
Les microbes sont réduits à l'impuissance ; mais leurs toxines subsistent encore dans les cicatrices.
Le foyer en effet n’est pas éteint, et la toxémie tuberculinique peut se reproduire au cours d'un effort (courbature fébrile des soldats) à la suite d'un surmenage, à la suite d'un froid ; la fièvre revient dès le retour du malade à la ville, et la rechute ; marque d'une crise d'asthme, d'une bronchite. etc...
A ce moment de nouvelles caries se produisent, les dents oblitérées deviennent douloureuses, les caries antérieures récidives, et tout est à recommencer.
Mes observations déjà nombreuses me permettent d'affirmer que tant que l'organisme contiendra des toxines, les caries récidiveront.
L’un des cas les plus typiques est celui d'un petit garçon de trois ans, qui me fut amené pour des caries dentaires multiples sur toutes les molaires.
Son histoire pathologique est des plus chargées. Sa première année fut marquée de troubles d'alimentation causés par des changements successifs de mauvaises nourrices.
Dès le sixième mois, ilen était à sa neuvième remplaçante, et était couvert d'eczéma au niveau du cuir chevelu, à la face et sur l'abdomen. Cet état dura pendant 2 ans 1/2 au cours desquels je fis l'obturation de toutes ses dents malades.
A quatre ans, il fit une rougeole suivie d'une coqueluche, excessivement pénible et longue (4 mois) qui nécessita son départ à la campagne.
Il me revint dans un état dentaire pitoyable ; sa bouche n'avait pu être soignée pendant le cours de ses maladies; ses dents anciennement cariées étaient plus profondément détruites, d'autres nouvelles caries s'y étaient ajoutées.
Son retour à Paris fut marqué par des crises d'asthme, qui força la mère à repartir avec lui à la campagne. Il revint me voir à l'âge de six ans, et dès les premiers jours de son séjour à Paris, il fit chaque soir de fièvre, et son état de déminéralisation était si grand que ses dents de six ans poussèrent cariées.
Deux d'entre elles étaient si profondément atteintes, qu'il fallut les dévitaliser. J'ajoute que ces lésions dentaires se reproduisirent malgré qu'un traitement de recalcification à doses massives ait été suivi constamment.
L'examen de l'enfant montrait que la peau était couverte de petites varicosités autour des clavicules et des omoplates ; les deux sommets pulmonaires étaient sensibles à la pression, l'auscultation y révélait une diminution du murmure vésiculaire, en même temps que le doigt réveillait une sensibilité très accusée au niveau du foie et de la rate.
Des observations de plus en plus nombreuses m'ont montré que la récidive de ces caries est liée à une déminéralisation de l'organisme dont la cause est en rapport avec des lésions pulmonaires tuberculiniques. L'eczéma, les bronchites successives, l'asthme, doivent être rattachés à la tuberculose inflammatoire ou toxinique, et les troubles déterminés au niveau de la peau, les muqueuses bronchites, intestinales, ne seraient pour nous que des moyens d'élimination que l'organisme emploie constamment pour rejeter les toxines qui l'encombrent.
Certaines stomatites, certaines angines, la plupart des leucorrhées, des entérites, ne sont que des éliminations de même nature, mode de réaction de l'organisme pour s'épurer de façon incessante. Peut-être la grossesse, le surmenage intellectuel agissent-ils de même dans la production des caries, en mettant des toxines en liberté hors du lover tuberculeux latent ou connu.
Étant donnée la concomitance constante de tous ces troubles d'élimination tuberculinique avec les caries, nous nous sommes demandés si elles n'étaient pas également dues à l'action de ces mêmes toxines.
L'objet de ce travail est précisément de démontrer que la toxine tuberculinique représente la cause active et principale dans la production des caries, et, contrairement à l'opinion qui fait jouer aux microbes de la carie un rôle prépondérant, nous affirmons que cette action n’est que secondaire à la déchéance du terrain par les toxines tuberculiniques.
La carie ne serait pas seulement une lésion chimico-parasitaire de cause externe ; elle serait primitivement une lésion dynamique, toxinique de nature tuberculinique.